Vous héritez d'une ménagère Christofle, vous cherchez à compléter un service, ou vous voulez simplement savoir ce que vous avez entre les mains. Tout commence par le nom du modèle — et la maison en a créé des centaines depuis 1830.
Les périodes indiquées ci-dessous sont celles pendant lesquelles chaque modèle a figuré au catalogue de la maison. Elles sont précieuses pour dater une pièce : un couvert ne peut pas être antérieur à la première date de sa collection.
Les incontournables
Ces modèles ont traversé le siècle et équipent encore des milliers de tables françaises.
Spatours (depuis 1862) doit son nom à la contraction de « spatule » et « contour », en référence à ses lignes sinueuses et à sa terminaison trilobée. Il est au catalogue depuis plus de cent soixante ans.
Filet, aussi appelé Chinon (1862-2016), reprend l'un des dessins les plus sobres et les plus anciens de l'orfèvrerie française : un simple filet suivant le contour du manche.
Perles (depuis 1879) aligne ses demi-perles en relief comme un collier bordant le manche, dans le goût Louis XVI.
Louis XV Marly (depuis 1898) reprend le vocabulaire rocaille du style Louis XV — feuilles d'acanthe, coquillages, asymétrie maîtrisée. Son nom vient du château de villégiature de Louis XIV.
Rubans croisés (1909-2021) déroule ses filets rythmés de rubans croisés et de nœuds, dans l'esprit Louis XVI.
Empire Malmaison (1909-1927) incarne le style Empire : frise de palmettes, feuilles d'eau, symétrie stricte. Le nom vient du château cher à l'Impératrice Joséphine. Attention à ne pas le confondre avec la collection Malmaison, plus récente et toujours produite, qui reprend le même vocabulaire décoratif : ce sont bien deux collections distinctes.
Albi (depuis 1968) marque une rupture : toute ornementation disparaît au profit de simples filets et de lignes droites, inspirées de la nef de la cathédrale d'Albi. C'est aujourd'hui la gamme la plus complète de la maison.
Parmi les autres grands classiques, on rencontre Contours (1851-1922), Coquille (1851-1922), Baguette Écusson Guirlande (1879-1913), Canaux Laurier (1882-1921) — dont le manche cannelé s'achève sur un décor de laurier — Louis XVI Delafosse (1902-1927), choisi par de grands hôtels parisiens, et Printania (1925-1938), au nom tout à fait dans l'esprit des années folles.
Les modèles de grands designers
À partir des années 1920, Christofle confie ses couverts à des créateurs identifiés. Ces modèles sont souvent les plus recherchés des collectionneurs.
Luc Lanel (1893-1965), directeur de la création de la maison, signe Boréal (1929-1965), America — Art déco franc, pans coupés, moulure étagée — ainsi que Atlas (1934-1968) et Ondulation. Le modèle Laos, présenté à l'Exposition internationale de 1937 et longtemps attribué à Fjerdingstad, lui est aujourd'hui rendu. Certaines pièces Laos présentent un manche en ébène de Macassar.
Christian Fjerdingstad (1891-1968), orfèvre danois installé à Paris, crée Gabon, présenté au pavillon Christofle de l'Exposition internationale de 1937 : lignes droites, manche souligné d'une arcature caractéristique. Puis Hudson, réintroduit par la maison en 2010.
Tapio Wirkkala (1915-1985), figure majeure du design finlandais, signe Duo en 1957. Le modèle s'inscrit dans la ligne d'avant-garde « Formes Nouvelles », aux côtés de Gio Ponti et Lino Sabattini. Formes organiques, ergonomie scandinave, absence totale d'ornement. Peu diffusé à l'époque, il est aujourd'hui très recherché.
Lino Sabattini (1925-2016), orfèvre italien repéré par Gio Ponti, dirige les ateliers de création Christofle pendant sept ans à partir de 1956. On lui doit la collection Gallia — dont la coupe « Nice » de 1955 — ainsi que la collection Orly.
Commodore (1959-2021), au style hérité de la maison Cardeilhac rachetée par Christofle, se reconnaît à ses lignes pures et à son décor de joncs. Port-Royal (1952-1977) appartient à la même génération d'après-guerre.
Bernard Yot signe deux modèles toujours au catalogue : Aria (depuis 1985), au manche rythmé d'un faisceau de joncs liés, et Talisman (depuis 1986), qui associe le métal argenté à la laque de Chine appliquée à la main, proposé uniquement en commande spéciale.
Le studio Christofle crée ensuite Atlantide (1988-1998), puis Oceana (1994-2004), Galéa (2001-2016) et Ténéré (2002-2014) — quatre modèles de courte carrière, donc peu diffusés. Marcel Wanders dessine Jardin d'Éden (depuis 2010), dont le décor de feuillages baroques couvre jusqu'au dos des cuillerons. Le plus récent, Infini Christofle, est au catalogue depuis 2020.
Les modèles créés pour un commanditaire prestigieux
C'est la catégorie la plus fascinante : des couverts conçus pour un lieu ou un véhicule précis.
Le paquebot Normandie — Le modèle Atlas, dessiné par Luc Lanel, équipe la salle à manger de première classe du plus célèbre paquebot français. Chaque pièce porte le monogramme CGT — Compagnie Générale Transatlantique — stylisé par Lanel lui-même, en trois lettres entremêlées. L'ensemble représentait environ quarante mille pièces. Le musée des Arts Décoratifs conserve un service Atlas dans ses collections. D'autres pièces de forme du bord portent le nom « Transat ». Après la réquisition du navire en 1939, Christofle racheta la collection ; certaines pièces équipèrent ensuite le paquebot France.
Le paquebot Île-de-France — Dès 1927, Christofle équipe les premières classes avec deux créations spécifiques de Luc Lanel : le couvert Continental et l'orfèvrerie Albatros.
La Compagnie Internationale des Wagons-Lits — Christofle figure parmi les fournisseurs des trains de luxe, dont l'Orient-Express. Les pièces ne portent pas un nom de modèle mais le sigle CIWL, ou l'emblème WL encadré de deux lions. Elles s'échelonnent des années 1900 aux années 1930.
Le Palais de l'Élysée et les ambassades — Tout commence en 1856 avec le service des « cent couverts » commandé par Napoléon III pour les Tuileries : quatre mille pièces, accompagnées d'un surtout monumental aujourd'hui conservé au musée des Arts Décoratifs. Depuis, l'État français s'équipe en Christofle.
Une précision qui peut servir : contrairement à ce qu'on lit parfois, le service de bord du Concorde d'Air France n'était pas signé Christofle à l'origine. Il a été dessiné par Raymond Loewy en 1976 ; Christofle n'est arrivé à bord que dans les années 1990.
Peau de Lion, le plus rare de tous
Un modèle se détache nettement des autres : Peau de Lion, au catalogue de 1891 à 1922 seulement.
Son décor évoque la peau et les pattes du lion, en référence au lion de Némée terrassé par Hercule. Il aurait été dessiné par Charles Rossigneux, architecte-décorateur, pour Thérèse Lachmann, marquise de Païva, figure du Second Empire que l'on surnommait « la Lionne de l'Empire ». Le musée d'Orsay, qui en conserve plusieurs pièces, mentionne cette destination dans ses notices.
Trente ans de catalogue seulement, contre plus d'un siècle pour Spatours ou Perles : cela explique à soi seul sa rareté et les prix qu'il atteint aujourd'hui. Christofle lui a rendu hommage en 2022 avec une collection de bijoux « Patte de Lion ».
Comment identifier votre modèle
Le dessin du manche est le premier indice : rocaille pour Marly, perles alignées pour Perles, rubans croisés pour Rubans, palmettes pour Malmaison, cannelures et laurier pour Canaux Laurier, lignes géométriques pour les modèles Art déco.
Le poinçon, sous le manche ou au revers, confirme la maison et permet de dater la pièce. Nous consacrons une page entière à la lecture des poinçons.
Les modèles restés longtemps au catalogue sont aussi ceux que l'on complète le plus facilement : si vous héritez de six fourchettes Marly, vous trouverez sans trop de mal les cuillères et les pièces de service. Les modèles de courte carrière se complètent aussi, mais il faut de la patience, parfois des années, et accepter d'y mettre le prix. C'est là qu'un professionnel qui surveille le marché pour vous fait la différence.
En cas de doute sur un modèle, envoyez-nous simplement une photo du manche et du poinçon. Écrivez-nous à contact@frenchsilverwareparis.com ou appelez le 06 18 82 44 66.